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Charade (31/08/2009)
Tous des menteurs ?Regina Lampert (Audrey Hepburn) est une femme mariée qui s'ennuie ferme (et n'aime pas son mari). Avant d'avoir pu demander le divorce, elle va se retrouver veuve, son mari ayant été balancé d'un train. Elle va croiser sur son chemin le séduisant Peter Joshua (Cary Grant), qui a plus d'un tour dans son sac... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour s'extasier devant ce couple magnifique, elle, ravissante, fragile, un rien naïve, mais aussi aguicheuse et sacrément peste, et lui, ténébreux, assez imperturbable, pince-sans-rire à souhait, limite cynique et parfois carrément mal embouché. Bien sûr, Audrey Hepburn ressemble à un petit moineau tombé du nid, habillé en Givenchy, et Cary Grant est délicieusement guindé dans ses costumes gris. Mais il faut aller au-delà de ces apparences un peu trompeuses : deux (ou plus ?) niveaux de lecture donnent à ce film très divertissant une vraie profondeur. Il serait réducteur de n'y voir qu'un marivaudage, qu'un jeu du chat et de la souris ponctué de scènes d'action efficaces, et qu'une opposition hommes / femmes, dans laquelle les premiers seraient tous de basiques (et parfois très méchants) dissimulateurs et les secondes toutes des péronnelles au-dessus de tout soupçon. Pour la réalisation particulièrement soignée : il faut dire que Stanley Donnen n'était pas vraiment un débutant, puisqu'il avait déjà à son actif "Chantons sous la pluie" ou "Un jour à New-York", deux joyaux de la comédie musicale. Pour les dialogues, qui sont vifs, irrévérencieux et drôles, et l'intrigue, pleine de rebondissements et vraiment palpitante (Les clins d'oeil à Hitchcock y d'ailleurs sont nombreux), rythmée par une musique résolument jazzy composée par Henry Mancini. Charade, film dont il est difficile de se lasser, est à classer au registre des comédies policières dans lequel il tient assurément une place de choix ! AnecdotesCary Grant n'était pas chaud au départ, pour jouer dans ce film. Un temps, on pensa alors à confier le rôle à Warren Beatty (et à Natalie Wood). Ensuite, après avoir accepté, il était assez réticent à endosser le rôle d'un homme d'âge mûr amoureux d'une femme beaucoup plus jeune que lui : du coup, le script fut modifié pour faire en sorte que ce soit Audrey Hepburn la séductrice (et non Cary Grant) et que la différence d'âge soit un sujet de plaisanterie entre les deux protagonistes. D'après Audrey Hepburn, la scène où elle fait tomber son cornet de glace sur le costume de son partenaire est directement inspirée d'un vrai dîner, pendant lequel c'est du vin rouge qu'elle renversa sur Cary Grant. Le film est tombé récemment dans le domaine public, suite à un oubli malencontreux de la part des producteurs d'apposer un copyright sur les copies distribuées. Une petite citation, pour le plaisirReggie Lampert : do you know what's wrong with you ? Peter Joshua : no, what ? Reggie Lampert : nothing ! Fiche techniqueCharade 1963 Réalisation : Stanley Donnen Distribution Audrey Hepburn : Regina "Reggie" Lampert Cary Grant : Brian Cruikshank, alias Peter Joshua, alias Carson Dyle, alias Alexander Dyle, alias Adam Canfield Walter Matthau : Carson Dyle, alias Hamilton Bartholomew George Kennedy : Herman Scobie James Coburn : Tex Penthollow Ned Glass : Leopold W. Gideon Jacques Marin : inspecteur Édouard Grandpierre Thomas Chelinsky : Jean-Louis Gaudet Dominique Minot : Sylvie Gaudet Durée : 113 mn |
Rosemary's baby (18/05/2009)
Viens voir, viens voir le docteur, non n'aie pas peur...Rosemary Woodhouse (Mia Farrow) est une femme au foyer comblée, mariée à Guy (John Cassavetes), ambitieux acteur en plein devenir (donc pas très connu). Le jeune couple s'installe dans un appartement de l'immeuble Bramford, dont la réputation est plutôt lugubre... Ils font également connaissance de leurs âgés et envahissants voisins, les Castevet, qui semblent quand même avoir de drôles d'activités nocturnes. Puis, Rosemary va tomber enceinte, dans des circonstances pour le moins étranges... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour se faire peur, vraiment, parce que, ça fout les jetons. Tout fout les jetons, même l'ampoule au-dessus de l'ascenseur a des airs menaçants, même le type qui attend que Rosemary sorte de la cabine téléphonique a l'air d'être un ennemi... L'atmosphère est nauséabonde, tout comme l'odeur repoussante du pendentif soit-disant porte-bonheur, tendue à souhait, la nourriture a l'air infecte (Mousse au chocolat, petits gâteaux, décoctions de plantes, steak balancé dans une poêle, foie cru de poulet... beurk), les couleurs sont hideuses, surtout celles des tenues et du maquillage de Minnie... Pour assister au dépérissement de Rosemary, qui finit par ressembler à un fantôme, maigre, le teint crayeux, hagarde, elle n'a rien d'une femme enceinte heureuse de l'être. Elle souffre sans arrêt, sujette à d'horribles et inhumaines douleurs. Et pendant ce temps, son Guy de mari s'épanouit, s'éclate, domine et contrôle la situation... Tout l'entourage de Rosemary va profiter de sa fragilité : la pauvre future parturiente va se retrouver isolée, ne sachant plus à qui se fier. Son angoisse profonde, puis sa panique totale, son envie de se sortir de ce traquenard maléfique tiennent assurément en haleine... Polanski maîtrise totalement son sujet, rendant le tout totalement stressant et obsédant, au point qu'on finisse par y croire dur comme fer à cette histoire de vieux sorciers. Attention, femmes enceintes, s'abstenir ! AnecdotesRosemary's baby est le premier film américain de Polanski, très fidèle adaptation du roman éponyme d'Ira Levin, paru en 1967. Ce film marque la première entrée dans le cinéma américain du mot "shit". Mia Farrow mange vraiment du foie cru dans la fameuse scène. L'immeuble où les Woodhouse s'installent, le Bramford building dans le film, est le Dakota Building (devant lequel John Lennon fut assassiné en 1980). Deux fausses rumeurs ont couru autour de ce film : - Hitchcock aurait été pressenti pour diriger le film. Il n'en est rien. - Le fondateur de l'église sataniste, Anton LaVay, aurait été consultant pour ce film. Il n'en est rien non plus... Une petite citation, pour le plaisirGuy Woodhouse : what the hell is that ? Rosemary Woodhouse : I've been to Vidal Sassoon. Guy Woodhouse : you mean you actually paid for it ?Fiche techniqueRosemary's baby 1968 Réalisation : Roman Polanski Distribution Mia Farrow : Rosemary Woodhouse John Cassavetes : Guy Woodhouse Ruth Gordon : Minnie Castevet Sidney Blackmer : Roman Castevet Maurice Evans : Hutch Ralph Bellamy : Dr Saperstein Angela Dorian : Terry Charles Grodin : Dr Hill Durée : 137 mn |
Madame porte la culotte (08/03/2009)
Du Bo, du Bon, du BonnerDoris Attinger (Judy Holliday) est jugée pour avoir tiré sur son mari volage (Tom Ewell), pris sur le fait en galante compagnie. L'affaire fait grand bruit et, à son procès, Doris est défendue par Amanda Bonner (Katharine Hepburn)... Face à Amanda, le substitut du procureur n'est autre qu'Adam Bonner (Spencer Tracy), son propre mari... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour le couple Hepburn-Tracy, confondant d'humour et de naturel. Si différents, ils s'accordent tellement bien : leur parfaite complémentarité est ici sublimée et leur complicité évidente. Au-delà de ce brillant duo d'acteurs, des scènes burlesques (et d'anthologie) du tribunal, des moments d'intimité et de tendre chamaillerie du couple, le film traite de l'égalité entre les hommes et les femmes avec intelligence, subtilité, modernité et efficacité. Amanda Bonner s'efforcera de convaincre un jury (trié sur le volet, et de quelle manière !) que Doris Attinger n'est pas une ménagère hystérique, mais une femme au foyer désespérée, dont le geste est compréhensible, sinon explicable. Cukor, féministe, mais aussi misogyne, en profite pour mettre en avant deux conceptions du mariage, à travers les traits de caractère des deux personnages principaux, l'une traditionaliste et conservatrice, l'autre nettement plus moderne et libérale.  Comme toujours, le tout est mené de main de maître, même si on pourra reprocher une fin de film très en-deçà du début : une fois le verdict rendu, ça s'essouffle nettement et l'intrigue perd largement de son intérêt. Mais globalement, le film est un vrai moment de pur plaisir, porté par un merveilleux couple d'acteurs, des dialogues fins et drôles (VOST obligatoire, par pitié ! Et oublions cet affreux titre français !), des seconds rôles excellents (La marque de fabrique de ces comédies américaines), une réalisation aux petits oignons (A noter au passage la beauté des scènes d'intérieur, ainsi que d'assez longs et audacieux plans fixes). AnecdotesIl s'agit du 6e film réunissant Hepburn et Tracy, couple légendaire au cinéma et dans la vie : Spencer Tracy, marié et père de plusieurs enfants, tomba amoureux de Katherine Hepburn, mais ne quitta pas son foyer pour autant. Ses origines irlandaises et catholiques dictèrent sa conduite et firent qu'il ne divorça pas de sa femme légitime... Le scénario du film valut à Cukor sa seule nomination à un Oscar. Ce scénario s'inspira d'ailleurs des péripéties réelles de deux avocats mari et femme, qui, à l'issue d'une affaire de divorce où ils plaidèrent, divorcèrent à leur tour... pour épouser leurs clients respectifs ! Une petite citation, pour le plaisirAmanda Bonner : and after you shot your husband... how did you feel ? Doris Attinger : hungry ! Fiche techniqueMadame porte la culotte (Adam's rib) 1949 Réalisation : Georges Cukor Distribution Spencer Tracy : Adam Bonner Katharine Hepburn : Amanda Bonner Judy Holliday : Doris Attinger Tom Ewell : Warren Francis Attinger David Wayne : Kip Lurie Jean Hagen : Beryl Caighn Hope Emerson : Olympia La Pere Eve March : Grace Clarence Kolb : Juge Reiser Emerson Treacy : Jules Frikke Polly Moran : Mme McGrath Will Wright : Juge Marcasson Elizabeth Flournoy : Dr. Margaret Brodeigh Durée : 101 mn |
Indiscrétions (15/11/2008)
Bourgeois, vous nous cachez la mer !Tracy Lord (Katharine Hepburn, divorcée depuis deux ans de C.K. Dexter Haven (Cary Grant) est à la veille de son mariage avec Georges, ancien mineur devenu patron d'usine et également ambitieux homme d'affaires. Dexter, persona non grata au royaume des Lord, continue pourtant d'errer dans les parages et vend un reportage sur ce mariage de la haute-société à un tabloïd, Spy, reportage qui sera réalisé par un journaliste Mike (James Stewart) et une photographe, Liz (Ruth Hossey)... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Parce que c'est LA comédie américaine des années 40 par excellence : casting principal hallucinant (Le trio Hepburn-Grant-Stewart), seconds rôles décoiffants, dialogues aux petits oignons, liberté de ton déconcertante, mise en scène éclatante et sophistiquée... tout y est.  Le film est l'adaptation fidèle d'une pièce de théâtre écrite quasiment spécialement pour Katharine Hepburn, et ça se voit comme le nez au milieu de la figure : elle y est incandescente, tout feu tout flamme, parfois agaçante, en tout cas déterminée et parfaitement organisée... Sa volonté de tout contrôler la rend inhumaine et inaccessible : vestale, déesse, statue de pierre, elle va justement passer une bonne partie du film, poussée par les évènements et les réactions de son entourage (presque tout le monde, en fait), à démontrer qu'elle n'est pas qu'un être sans coeur, qu'un chef de famille incarnant l'ordre établi, mais au contraire, qu'elle est bien humaine et pleine de sensibilité. La descente du piédestal n'est pas une chute brutale, ni une descente aux enfers : le plaisir, la fantaisie et le rejet des convenances l'emportent finalement, car il s'agit avant tout d'une comédie à la Cukor, utilisant avec bonheur tous les registres comiques (répétition, geste, dialogue). A cet égard, on pourra se délecter de la scène où Tracy, sa mère et sa soeur se caricaturent outrageusement pour renvoyer aux journalistes indésirables l'image qu'ils se font de le très haute société : on parle de futilités en français, on joue du piano en chantant, on se donne en spectacle, on se déplace en chaussons de danse et en tenues froufroutantes... Le film aborde aussi, à sa façon, les inégalités sociales, ou plus exactement le fossé quasi-infranchissable entre le monde des Lord, grands bourgeois fortunés, et les petites gens, du peuple, qui se battent pour exister... et, avec l'aide d'un fort taux d'alcoolémie qui aura bien délié les langues, tout est bien qui finit bien, chacun retournera à sa place, sans autre forme de procès. AnecdotesKatharine Hepburn demanda à la MGM que Clark Gable interprète Dexter et Spencer Tracy jour le rôle de Mike (alors qu'elles ne les avait pas encore rencontrés).Les deux étaient pris, et finalement, Cary Grant et James Stewart furent choisis. Katharine Hepburn n'est pas doublée lorsqu'elle plonge dans la piscine. En huit semaines, le film fut dans la boîte et sans qu'aucune scène ne soit à nouveau tournée. Le film a été couronné de deux Oscars : celui du meilleur scénario adapté pour Donald Ogden Stewart et Waldo Salt (non crédité) d'après la pièce de Philip Barry, et celui du meilleur acteur pour James Stewart. Une petite citation, pour le plaisirMacaulay Connor : my father was a history teacher. Tracy Lord : English history has always fascinated me. Robin Hood, Cromwell, Jack the Ripper. Where did he teach ? Your father I mean. Fiche techniqueIndiscrétions (The Philadelphia story) 1940 Réalisation : George Cukor Distribution Cary Grant : C. K. Dexter Haven Katharine Hepburn : Tracy Samantha Lord James Stewart : Macaulay Connor Ruth Hussey : Elizabeth Imbrie John Howard : George Kittredge Roland Young : Oncle Willie John Halliday : Seth Lord Mary Nash : Margaret Lord Virginia Weidler : Dinah Lord Henry Daniell : Sidney Kidd Lionel Pape : Edward Rex Evans : Thomas Durée : 112 mn |
Un américain à Paris (15/06/2008)
Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ?Jerry Mulligan (Gene Kelly) est un peintre au talent très très méconnu, Américain de souche, émigré à Paris. Il y mène une vie de bohème, jusqu'à sa rencontre avec Milo (Nina Foch) une riche mécène, américaine elle aussi, qui va décider de lui donner sa chance (et beaucoup plus si affinités, la coquine...). Par hasard, Jerry rencontre Lisa Bouvier (Leslie Caron), dont il devient raide dingue. Mais Lisa n'est théoriquement pas disponible car fiancée à Henri Baurel(Georges Guétary), célébrissime chanteur... Et là, c'est (presque) le drame... Pourquoi voir ou revoir ce film ?S'il fallait voir une comédie musicale réalisée par Minnelli, ce pourrait être celle-ci (Encore que j'ai aussi un sacré faible pour "Tous en scène", pur joyau, illuminé par Cyd Charisse). Pour les décors, un Paris de carte postale, tout en carton pâte, totalement fantasmé, où d'ailleurs les figurants ont pour la plupart l'accent anglais lorsqu'ils causent la France. On retiendra par exemple la leçon d'anglais que Jerry fait aux petits parigots, à leur demande dans un français plus qu'approximatif ("Jerry, parlez anglais à nous !") !  Pour la beauté des couleurs et des costumes, l'hommage aux peintres : mention spéciale à la fresque Toulouse-Lautrec, dont la chorégraphie est splendide. Pour Leslie Caron, dont on cherche la ressemblance avec un petit animal pendant tout le film : à la fin, on a fait son choix, ce sera le lapin... mais drôlement gracieuse et agile la bestiole. On peut, certes, trouver Georges Guétary horripilant, mais il a une sacrée patate (et contagieuse) le monsieur ! Quant à Gene Kelly, il est... égal à lui-même, aérien mais costaud, drôle sans en faire des tonnes... Un Américain à Paris reste un de ces incontournables de la comédie musicale : scénario quand même assez mince (mais franchement, qui s'en soucie ?), prétexte à de somptueux tableaux, qui s'accordent parfaitement avec la partition de Georges Gershwin...Comme dit la chanson, que demander de plus ?! AnecdotesIl a fallu un mois pour tourner la dernière séquence dansée (elle dure 17 mn), et cela coûta un demi-million de dollars. A l'origine, ce fut Cyd Charisse qui devait interpréter Lise Bouvier, mais, enceinte, elle fut finalement remplacée par Leslie Caron, dont c'est d'ailleurs le 1er film. Un Américain a obtenu six Oscars en 1952, dont celui du meilleur scénario (et oui...), celui du meilleur film et de la meilleure image. Une petite citation, pour le plaisirJerry Mulligan : where is everyone ? Milo Roberts : here. Jerry Mulligan : downstairs ? Milo Roberts : no, here in this room. Jerry Mulligan : what about that extra girl ? Milo Roberts : that's me. Fiche techniqueUn américain à Paris (An American in Paris) 1951 Réalisation : Vincente Minnelli Ditribution Gene Kelly : Jerry Mulligan Leslie Caron : Lise Bouvier Oscar Levant : Adam Cook Georges Guétary : Henri Baurel Nina Foch : Milo Roberts Durée : 113 mn |
L'Evadé d'Alcatraz (12/05/2008)
Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre !Personne ne s'évade jamais d'Alcatraz ? Personne, c'est vite dit... Impossible est un mot qui ne fait pas partie du vocabulaire de Franck Morris (Clint Eastwood). Et puis, comme il est un peu bricoleur, ça aide... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour la réalisation, nerveuse, sèche, qui nous plonge dans un univers carcéral glacial et inhumain. L'ambiance est oppressante, étouffante et le suspense à son comble : on frémit à l'idée que le évadés se fassent pincer, on sursaute en même temps qu'eux, on admire leur ingéniosité. Pour Clint Eastwood, omniprésent, solide comme un roc, déterminé, diablement intelligent, sans être manipulateur. On ne sait pas trop ce qu'il a pu faire pour se retrouver en prison : on sait qu'il s'est évadé à plusieurs reprises, c'est tout. Sa présence n'en est pas moins humaine : on le sent juste rebelle et indomptable, obsédé par son désir d'évasion.  On sent qu'il cherche les failles d'un système écrasant et insupportable... et il finit par les trouver, rognant les murs de sa minuscule cellule au coupe-ongle, profitant de l'effritement de la roche sur laquelle est bâtie la forteresse réputée imprenable. Les autres acteurs sont excellents aussi : mention spéciale à Patrick McGoohan, qui incarne un ignoble et cruel directeur de prison, dénué de toute humanité. AnecdotesTourné en décors réels, le film raconte comment trois hommes réussissent à s'évader de la prison ultra-sécurisée d'Alcatraz, située sur une île dans la baie de San-Francisco. Cette évasion qui eut lieu en 1962, fut la seule qui ait jamais réussi, même si on ne sait pas ce que sont devenus les trois hommes (ils sont toujours recherchés par le FBI). Pendant le tournage, les touristes étaient autorisés à se rendre sur l'île : l'affluence fut telle que la plupart des scènes durent être tournées de nuit. Ce film marque les débuts au cinéma de l'acteur Danny Glover. A noter bien sûr, la présence pour le moins marquante, de Patrick McGoohan, le fameux numéro 6 de la série culte Le Prisonnier, qui, c'est un comble, incarne cette fois le directeur de la prison. Les scènes dangereuse d'évasion ont été tournées sans doublure : à deux reprises, le réalisateur Don Siegel crut avoir perdu ses acteurs dans les dangereux courants du Pacifique. Une petite citation, pour le plaisirCharley Butts : what kind of childhood did you have? Frank Morris : shortFiche techniqueL'Evadé d'Alcatraz (Escape from Alcatraz) 1979 Réalisation : Don Siegel Distribution Clint Eastwood : Frank Morris Patrick McGoohan : Warden Roberts Blossom : Doc Jack Thibeau : Clarence Anglin Fred Ward : John Anglin Paul Benjamin : English Larry Hankin : Charley Butts Bruce M. Fischer : Wolf Frank Ronzio : Litmus Fred Stuthman : Johnson David Cryer : Wagner Madison Arnold : Zimmerman Durée : 107 mn |
La bête humaine (21/04/2008)
Et j'entends siffler le train...Jacques Lantier (Jean Gabin), héritier d'une ancienne lignée de pochtrons, est mécano sur la Lison, imposante locomotive à vapeur qu'il bichonne comme une amoureuse. En perpétuelle lutte contre des pulsions violentes que seule la Lison semble pouvoir apaiser, il manque d'occire sa cousine Flore. Puis, il va faire la connaissance de Séverine Roubaud (Simone Simon), la femme du sous-chef de gare au Havre. Ils vont devenir amants, mais la bête qui sommeille en lui finira par reprendre le dessus... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour se plonger dans l'univers ferroviaire, plein de bruit et de fureur, de fumée et de saleté...d'ailleurs, lorsqu'on conduit un monstre comme la Lison, le fracas est tel qu'on ne se parle pas. Quelques gestes, des sifflements pour s'interpeller... et puis, même une fois descendu du poste de conduite, on cause la plupart du temps boulot... Pour Jean Gabin, cheminot à la fois touchant et si inquiétant, victime de ses pulsions meurtrières. Héros justicier, il est rongé par la culpabilité, qui se lit dans son regard tellement tragique et désespéré.  Pour tous ces personnages, seuls, fragiles, englués dans leur histoire, broyés par leur destin. Roubaud, sous-chef de gare jaloux et frustré, Séverine, sa femme, qui s'ennuie à mourir dans le petit appartement avec vue sur les voies ferrées, et tous les autres... La dure réalité de leur vie trop simple les rattrape au galop et tout ça finit en tragédie, à laquelle assiste, impuissant Pécqueux, l'ami fidèle et ironique. Pour la beauté des contrastes, de la photo, de la lumière sur les visages (notamment celui de Jean Gabin et de Simone Simon, inquiétante en femme-enfant aguicheuse et désoeuvrée), qui donnent une dimension supplémentaire à ce très beau poème ferroviaire. AnecdotesC'est Jean Gabin, superstar de l'époque, qui demanda à être dirigé par Jean Renoir. La Bête humaine a reçu, ex-aequo avec Le quai des Brumes, le Prix Méliès 1938. Pour préparer le tournage, Renoir et Gabin se sont immergés dans le monde des chemins de fer. Le film est réalisé en décors naturels, et les scènes de locomotive ont été tournées en situation. Une petite citation, pour le plaisirJacques Lantier : on va quand même pas tuer ce type !Fiche techniqueLa bête humaine 1938 Réalisation : Jean Renoir Distribution Jean Gabin : Jacques Lantier Simone Simon : Séverine Roubaud Fernand Ledoux : Roubaud Blanchette Brunoy : Flore Gérard Landry : Le fils Dauvergne Jenny Hélia : Philomène Colette Régis : Victoire Pecqueux Claire Gérard : Une voyageuse Charlotte Clasis : Tante Phasie Jacques Berlioz : Grandmorin Tony Corteggiani : Dabadie André Tavernier : Le juge d'instruction Henry Roussel : Le commissaire Cauche Marcel Pérès : Un lampiste Jean Renoir : Cabuche Julien Carette : Pecqueux Durée : 98 mn |
Les Diaboliques (23/03/2008)
Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir...Il ne fait pas bon être mariée à Michel Delasalle (Paul Meurisse), tyrannique directeur d'un pensionnat pour garçons. C'est pourtant le triste sort de Christina (Véra Clouzot), laquelle est également directrice du pensionnat. Son mari lui fout des coups, lui prend ses sous, la trompe allègrement avec Nicole Horner (Simone Signoret), enseignante au pensionnat. Les deux femmes ont fini par devenir proches, suffisamment pour que Nicole persuade Christina qu'il est urgent de se débarrasser du sale bonhomme. Elles ont un plan... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour l'atmosphère des films de Clouzot, sans nulle autre pareille. Méchanceté, indifférence, aigreur, cynisme, du noir, du noir, et encore du noir... Pour les acteurs, premiers et seconds rôles : de Paul Meurisse, magistral en salaud manipulateur à Noël Roquevert, en voisin irascible (J'ai un vrai faible pour ce genre de second rôle, dans la veine de Julien Carette...), en passant par Simone Signoret, sulfureuse et machiavélique et Véra Clouzot, cardiaque au bout du rouleau... Pas de numéro d'acteur malgré ce casting grand luxe : de la sobriété, et du dépouillement.  Pour l'intrigue, qui malgré sa grande invraisemblance nous tient en haleine jusqu'au bout. L'angoisse et le malaise sont accentués par la mise en scène, la photo et la lumière, d'une beauté glaciale. Clouzot filme une France lugubre, qui se remet finalement tout juste de la guerre : beaucoup de petites gens, qui vivent bien chichement... seuls les jeunes pensionnaires, que leurs chauffeurs convoient, semblent ignorer les fins de mois difficiles... Agressivité, aigreur, mesquinerie, jalousie, l'humanité dépeinte ici par Clouzot n'a rien de folichon et ne prête pas à la franche rigolade. Qu'importe, les Diaboliques est un beau film, oppressant, qui a assurément marqué son époque. AnecdotesCe film est adapté d'un roman de Boileau-Narcejac, qui pour ceux qui l'ignoreraient n'est pas un écrivain, mais deux, M. Boileau à ma gauche et M. Narcejac à ma droite. D'ailleurs, emballé par le film, Alfred Hitchcock leur demanda un scénario du même acabit : ils pondirent Sueurs froides. Michel Serrault tient ici son premier rôle. En outre, on compte deux jeunes figurants pour le moins connus : Georges Poujouly (Michel de Jeux interdits) et notre Johnny Hallyday national. A noter aussi, jouant un des élèves, un certain Yves-Marie Maurin, frère de Patrick Devaere. Un remake fut tourné en 1996, Diabolique (film) avec Isabelle Adjani et Sharon Stone, et fit un vrai bide. Comme quoi, n'adapte pas Boileau-Narcejac qui veut... Aucune musique pendant le film, exception faite celle des génériques de début et de fin, soit 2 minutes 21 secondes ! Une petite citation, pour le plaisir M. Drain : je suis peut-être un affreux réactionnaire mais je trouve cette intimité stupéfiante. La femme légitime séchant les larmes de la favorite. Allons. Non, non et non ! Fiche techniqueLes Diaboliques 1955 Réalisation : Henri-Georges Clouzot Distribution Simone Signoret : Nicole Horner Véra Clouzot : Christina Delassale Paul Meurisse : Michel Delassalle Charles Vanel : Le commissaire Fichet Pierre Larquey : Monsieur Drain Michel Serrault : Le surveillant Jean Brochard : Plantiveau Noël Roquevert : Herboux Georges Chamarat : Le médecin Thérèse Dorny : Mme Herboux Aminda Montserrat : Mme Plantiveau Madeleine Suffel : la dégraisseuse Jean Témerson : le garçon d'hôtel Jacques Hilling : l'employé de la morgue Robert Dalban : le garagiste Jacques Varennes : le professeur Georges Poujouly : un élève Yves-Marie Maurin : Le jeune Moynet Jean Lefebvre : Le 2ème classe Camille Guérini : le photographe Henri Coutet : l'employé de la morgue Henri Humbert : le jeune Patard Johnny Hallyday : un élève Durée : 114 mn |
Les Trois jours du condor (05/02/2008)
Et le condor passa...Joseph Turner (Robert Redford) est payé pour bouquiner. Tout ce qui passe. Mais son patron qui n'est pas fana de littérature, loin de là, n'est pas un patron ordinaire : son boss c'est la CIA. Il dépieute et passe au crible moult romans pour y détecter d'éventuelles fuites et complots en tout genre. Et ses lectures vont l'amener à mettre à jour un réseau clandestin sur lequel il aurait mieux fait de fermer les yeux... Pourquoi voir ou revoir ce film ?Pour le scénario, sacrément bien ficelé, qui nous plonge dans une atmosphère de paranoïa intense, une ambiance post-Watergate qui donne la chair de poule. Pour les acteurs, des pointures : Robert Redford, en héros incrédule qui veut sauver sa peau tout en faisant éclater la vérité au grand jour, Faye Dunaway, qui se trouve embarquée malgré elle dans de vrais emmerdements, mais qui semble finalement y prendre goût, Max Von Sydow en tueur implacablement professionnel et méthodique...  Pour voir un film d'espionnage, un vrai, sans gadgets (à part quelques très gros ordinateurs et un peu de bidouille sur les fils du téléphone) ni héros bling-bling tombeur de ces dames (même si notre Robert, il emballe vite fait Faye), à l'intensité dramatique très élevée. Et puis, accessoirement, pour s'acclimater avec un temps (que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître): on est en pleines 70's. Ce qui veut dire que les gens peuvent allumer des clopes au restau ou au bureau, tapent sur de drôles de claviers, utilisent des téléphones insensés, ont des ordinateurs géants (et bruyants...), portent des habits vilains, et que la Grosse Pomme arbore fièrement ses Twins towers. La musique (du générique notamment) est également assez affreuse, mais ça donne un charme comme on dit (et puis, il faut voir la typo du générique, plus 70's tu meurs !). AnecdotesLe film est l'adaptation du roman presque éponyme de James Grady, "Six days of the condor" (il a perdu 3 jours en passant au cinéma, allez donc savoir pourquoi...). Une petite citation, pour le plaisirJoe Turner : listen. I work for the CIA. I am not a spy. I just read books ! We read everything that's published in the world. And we... we feed the plots - dirty tricks, codes - into a computer, and the computer checks against actual CIA plans and operations. I look for leaks, I look for new ideas... We read adventures and novels and journals. I... I... Who'd invent a job like that ?Fiche techniqueLes 3 jours du condor (Three days of the condor) 1975 Réalisation : Sidney Pollack Distribution Robert Redford : Joseph Turner / The Condor Faye Dunaway : Kathy Hale Cliff Robertson : J. Higgins Max von Sydow : G. Joubert John Houseman : Mr. Wabash Addison Powell : Leonard Atwood Walter McGinn : Sam Barber Tina Chen : Janice Chon Michael Kane : S.W. Wicks Durée : 117 mn |
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